Relancer une VAE fondée sur un système national de certification

Les étapes de la vae :

  1. étape 1
  2. étape 2
  3. étape 3
  4. étape 4
  5. étape 5

Gilles Schildknecht, chercheur associé au Centre de recherche sur la formation (CRF/Cnam) et membre du bureau du Comité mondial pour les apprentissages tout au long de la vie (CMA), réagit dans nos colonnes aux mesures pour relancer la VAE, présentées par le gouvernement le 23 mars dernier (lire notre article).

Mises en forme par le Secrétariat général à la modernisation de l’action publique (SGMAP), les mesures recensées lui semblent « d’ordre apparemment technique et administratif, hormis peut-être celles devant permettre d’aller vers une offre de certifications plus visible et plus lisible. Elles nous font penser à un catalogue présenté comme comportant l’ensemble des mesures à prendre pour relancer la VAE ». Or, rien n’est simple, selon l’auteur, chef de la mission VAE du ministère de l’Éducation nationale de 2004 à 2008. Tout d’abord, alors que la « formation professionnelle continue est sur le marché, choix confirmé par les gouvernements de différents bords qui se sont succédé, donc sensible aux phénomènes de concurrence », l’État y joue un rôle particulier : « bénéficiant d’une exclusivité de construction et de reconnaissance de ses titres pour l’emploi et de ses diplômes, il détient une position dominante qui protège ses filières de formations y préparant ».

Ainsi, si des efforts ont été réalisés par le passé (réalisation d’un document unique de recevabilité des demandes, par exemple), « les corps d’inspection [ont freiné] toute mesure de simplification qui pouvait permettre de développer la VAE ».

Enfin, le « travail réalisé est conséquent, mais ne couvre pas l’amont, correspondant à la place des certifications dans la négociation des qualifications des acteurs ». La qualification, « objet d’un compromis social » se définit « comme une appréciation sociale de la valeur des travaux et non comme un phénomène technique individualisé. Le processus de qualification incorpore un jugement de valeur, qui s’exerce globalement et produit des effets collectifs ».

Une progression des certifications

Mais plusieurs mouvements ont vu se fragiliser cette conception : « disjonction entre détention de certifications et classification dans les grilles professionnelles dans la plupart des conventions collectives », apparition du tout-compétence Compétence Une compétence se traduit par une capacité à combiner un ensemble de savoirs, savoir-faire et savoir-être en vue de réaliser une tâche ou une activité. Elle a toujours une finalité professionnelle. et « développement de l’individualisation de la relation salariale »… La compétence éminemment individuelle « interroge les systèmes de formation et de certification Certification C’est le terme officiel qui recouvre des appellations différentes : diplôme, titre ou certificat de qualification professionnelle. qui se sont, pour la plupart, emparés de cette notion en y attribuant des sens souvent très différents ».

Les différentes lois qui se sont succédé et l’apparition des blocs de compétences dans la loi de 2014 sur la formation bouleversent encore l’édifice. L’auteur rappelle qu’il avait proposé la « construction d’un véritable système national de certification, bâti sous la forme d’une progression intégrée des certifications, à partir du certificat CléA, des certificats de qualification professionnelle de branche (CQP), des titres du ministère de l’Emploi et des diplômes des ministères telle l’Éducation nationale ».

Christelle Destombes
Source : Le quotidien de la formation le mercredi 26 avril 2017